titanic city

Publié le par chriscraft_

 CE  textem'a paru si intéressant que j'ai demandé à l'auteuse de le publier merci à elle

« Au cours de l’été 2000, le pays* entra dans sa troisième et plus dure année de sécheresse.

La fièvre Titanic s’empara de toute la ville de Kaboul. Les gens introduisaient en fraude des copies piratées au Pakistan, allant jusqu’à les cacher dans leurs sous-vêtements. Pendant le couvre-feu, chacun s’enfermait chez soi, éteignait les lumières et baissait le volume avant de pleurer devant l’histoire de Jack, de Rose et des passagers du paquebot maudit. Mariam et Laïla faisaient de même lorsqu’il y avait de l’électricité. Elles avaient déjà déterré la télé** une dizaine de fois au moins et accroché des couvertures aux fenêtres afin de regarder le film avec les enfants.

 

Des vendeurs ne tardèrent pas à s’installer avec leurs brouettes sur le lit totalement à sec de la rivière Kaboul, et à proposer des tapis et des rouleaux de tissu au motif du Titanic. Le film donna aussi son nom à un déodorant, du dentifrice, du parfum, des beignets de légumes et des burqas. Un mendiant se fit même appeler « le mendiant du Titanic. »

 

« Titanic City était née. »

 

ça tient à la chanson, affirmaient les uns. Non, à la mer, au luxe, au bateau, répliquaient les autres.

 

Au sexe, murmurait-on aussi.

 

Tout le monde veut Jack, dit Laïla à Mariam. Voilà l’explication. Les gens veulent que Jack vienne les sauver du désastre, eux aussi. Mais il n’y a personne. Jack ne viendra pas. Jack est mort. »

 

*L’Afghanistan

**les Talibans avaient interdit la télévision.

 

Extrait du roman Mille Soleils Splendides, de K.Hosseini, Pocket.

 texte envoyé par lydie 

 

 

Publié dans La mante lit parfois

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