Gilgamesh vu par Leslie
L’épopée de Gilgamesh.
Gilgamesh est un héros peu connu du grand public. C’est bien à tort. Son épopée est la plus ancienne œuvre qui nous soit parvenue et peut-être la première de toute. Elle nous ouvre une porte sur une autre humanité par delà les millénaires et nous renseigne sur leurs peurs, leurs rêves, leurs espoirs. La lecture de l’épopée nous met également face à la continuité de la culture humaine car elle nous touche encore sensiblement. C’est aussi une œuvre poétique très belle et une synthèse métaphysique, presque, d’envergure biblique.
L’épopée connaît une longue élaboration. Gilgamesh entre dans le mythe au 27ème siècle. Ensuite, entre le règne de Sargon le Grand et pendant
Les civilisations mésopotamiennes, akkadienne et sumériennes, nous paraissent mythifiées par les millénaires, être celle de peuples encore reliés aux cieux, de bâtisseurs de tours dressées vers eux et de créateurs de culture. Le poème chante un roi mythique d’une ville mythique, Uruk. C’est dire ce qu’il est chargé de magie. Uruk est la plus vieille ville du monde, avec Suse. Mégalopole d’une époque oubliée, née du désert et du fleuve, elle survit, à l’instar de Babylone, jusqu’à la nôtre dans les textes sacrés où elle prend le nom d’Erech. Gilgamesh en aurait été le roi au 27ème siècle et aurait bâti les remparts de la ville.
Le mythe se compose de nombreux épisodes, repris ou non dans l’épopée et qui connaissent une grande évolution. Certains, comme le mythe du déluge, ont perduré jusqu’à notre civilisation. Peu à peu, au cours des siècles, Gilgamesh semble passer du symbole du grand roi à celui plus général de l’homme face à la mort et sa révolte. Nous ne saurions isoler un épisode particulier car en effet, dans la démarche qui sera la nôtre, nous aurons à nous interroger sur le mythe dans sa globalité.
En effet, ne peut-on pas faire un curieux parallèle entre le mythe et l’œuvre, ou pour être plus précis, entre le héros et la civilisation où son mythe est prépondérant ? Ne doit-on pas mettre face à la transmission de la culture sumérienne et akkadienne la mémoire de Gilgamesh, donc son immortalité ? Au fond, Gilgamesh a-t-il survécu ?
I 1 mythe sensible et métaphysique
1. Gilgamesh le roi bâtisseur
Son origine n’est pas celle d’un homme ordinaire. Il est né de l’union de Nin-Sun et de Lugabanda, un demi-dieu, il est donc 2/3 divin. Cette proportion marque l’extraordinaire. Le nom de Gilgamesh est précédé d’une étoile, signe de la divinité.
Gilgamesh est d’abord un roi furieux, guerrier et fort peu diplomate. C’est une figure de roi bâtisseur, d’unificateur tel Thésée. Il asservit son peuple et fait bâtir les murailles d’Uruk. C’est peut-être déjà une manière de vouloir atteindre l’immortalité à travers l’éternité des constructions. Il va mener une guerre contre Agga de Kish, autre ville de l’orient ancien située plus près de la côte.
Les habitants d’Uruk se plaignent à Aruru, déesse génitrice de l’asservissement que leur fait subir leur roi. Elle décide de créer un rival au roi. Elle façonne avec de la glaise un homme, Enkidu, fils d’Enki, dont la force sera égale à celle de Gilgamesh, parfois décrit comme un géant.
2. Gilgamesh, Enkidu et les enfers
a). La rencontre
Enkidu est un être à demi-achevé. Il est le frère de Gilgamesh, son jumeau. Mais ses poils sont emmêlés comme une toison, il vit nu et broute avec les bêtes dans la forêt. Un poseur de piège voit son travail réduit à néant par Enkidu. Il en parle à son père. Celui-ci lui dit d’aller à Uruk, de demander à Gilgamesh une courtisane et de l’emmener au fleuve où s’abreuve Enkidu, afin que la femme domine l‘homme qu‘il y a dans Enkidu. Gilgamesh accepte.
Le soir venu, elle est là, nue, au bord du fleuve. Enkidu l’aperçoit et se relève. Il la suit et pendant 6 jours et 7 nuits, ils s’aiment. Le matin du 7ème jour, Enkidu veut retourner avec les animaux mais ils fuient à sa vue. Alors la courtisane lui dit : Tu es comme un dieu, pourquoi vivre au milieu des bêtes ? Elle l’emmène en le tenant par la main, comme un enfant vers les bergers. Elle lui fait manger du pain, boire du vin, car c’est ainsi que les hommes mangent et boivent. Puis Enkidu démêle ses poils et le voilà homme. Il vit comme un berger. Il entend parler de Gilgamesh. Qui est il, cet autre lui même ? Sur les conseils de la courtisane, il décide d’aller à Uruk, affronter Gilgamesh.
Gilgamesh est prévenu par deux rêves de l’arrivée d’un puissant allié. Alors qu’il se marie, Enkidu l’empêche de rentrer. Tous deux sont de la même force, mais Enkidu finit par céder. Par la suite, il deviendra faible.
b) l’amitié
Gilgamesh et Enkidu deviennent très amis. Ont-ils une relation homosexuelle ? Rien ne le prouve mais pourquoi pas ? Ils sont frères. Gilgamesh est avide de gloire et Enkidou s’ennuie. Gilgamesh décide de partir en expédition pour
Lorsqu’ils reviennent, la gloire les couvre. Ishtar elle même s’intéresse à Gilgamesh. Celui-ci repousse violemment ses avances, rappelant le sort de ses amants délaissés. La déesse, furieuse, obtient de son père qu’il envoie le Taureau Céleste à Uruk. Le monstre ravage la ville et c’est la sécheresse. Mais les deux amis parviennent à tuer le taureau et frappent la déesse en plein visage avec sa « patte ».
Mais cela suscite le courroux des dieux qui lancent sur Enkidu une malédiction. Celui-ci en est averti par un rêve. A l‘agonie, il maudit la courtisane et le chasseur. C’est pour cela que la femme d’amour physique est reléguée à la marge de la société. En faisant l’homme, elle le rend conscient de sa mort. Puis Enkidu meurt au bout d‘une semaine. Une autre version, cependant, attribue à Enkidu une mort glorieuse. Mais la maladie horrible est plus choquante et donc plus efficace.
Gilgamesh accuse les dieux et devant l‘horreur de la mort de son ami, il décide d’abandonner les honneurs pour chercher l’immortalité. Il quitte le monde des hommes et se dirige vers l’Orient (voir carte dans les annexes) où il sait que vit Outa-Napishtin, l’aïeul de tous les hommes qui a survécu au déluge et gagné l’immortalité.
c) La dernière quête de Gilgamesh
Il décide d’aller voir son protecteur, le soleil, Shamash. Il vit dans le mont Mashu entre les pics duquel il se couche tous les soirs. Gilgamesh part à la poursuite du soleil¼
Le mont Mashu recèle bien des dangers la nuit venue. Gilgamesh ne parvient pas à atteindre les portes de la montagne avant la nuit et est attaqué par des lions. Il les vaincs.
L’entrée est gardée par deux hommes scorpions. L’un est femelle, l’autre mâle. Ce sont des chimères crées par les eaux originelles, des monstres primordiaux d’un monde qui n’était pas encore à la mesure de l’homme et qui entrèrent en conflit avec les dieux. Ils empêchent d’abord Gilgamesh d’entrer mais, impressionnés par la persévérance de Gilgamesh, lui octroient le droit de pénétrer dans les profondeurs de
Il est froid, sombre. Gilgamesh se désespère de revoir un jour la lumière et est épuisé par la longue marche (
La lumière provient du jardin du dieu soleil, Shamash. Ici, il brille alors que le monde est plongé dans les ténèbres. C’est un jardin merveilleux, le jardin des gemmes où les pierres précieuses poussent sur les arbres. Il interroge Shamash. Celui-ci lui propose de se reposer mais il refuse. Shamash, fidèle à Gilgamesh, guide alors le roi.
Gilgamesh traverse un désert brûlé par les rayons de Shamash. Il atteint une plage où vit une cabaretière qui fabrique le vin des dieux. D’abord horrifiée par l’aspect de Gilgamesh, elle reconnaît ensuite le grand roi. Elle lui conseille de vivre en hédoniste et de survivre par la procréation. Mais Gilgamesh refuse. Sidouri, la déesse du vin et de la sagesse, lui suggère alors de traverser les eaux amères de la mort pour trouver Outa-Napishti afin de savoir pourquoi les hommes sont condamnés à mourir.
Il part à la source des 2 fleuves. Il traverse le fleuve de la mort, sur la barque Ourshanabi, le Nocher, le passeur des âmes. Il doit servir de mat et ils utilisent des paniers remplis de pierres plongées dans les eaux mortelles pour lutter contre les courants contraires.
Gilgamesh rencontre « Uta-Napishtin ». Celui-ci lui apprend que les dieux lui ont offert personnellement l’immortalité. Pour faire comprendre à Gilgamesh que ceci n’est pas possible pour lui, il le met au défi d’écouter le récit du déluge pendant 7 jours. Mais le roi, épuisé, s’endort. Uta-Napishtim prend pitié et sa femme dévoile à Gilgamesh l’existence d’une herbe qui ne le rendra certes pas immortel, mais qui lui permettra la jouvence. Il repart avec Ourshanabi. Gilgamesh plonge au fond de l’abîme et en ramène la plante qui rend immortel. Il pense la tester sur un ancien.
Sur le chemin du retour, en se lavant sous une cascade il se la fait dérober par un serpent, Ishtar déguisée.
3. Le retour de Gilgamesh
L’esprit d’Enkidu apparaît. Il lui décrit les Enfers comme parallèles au monde des vivants et la situation des morts en fonction de leur vie. Ils s’envolent et Enkidou lui montre Uruk. Il voit ses sujets. Ceux-là méritent l’attention de Gilgamesh, car c’est ainsi qu’il deviendra immortel, par la postérité de son souvenir.
Gilgamesh devient alors un roi sage, soucieux de ce que ses sujets pensent de lui. Peut-être un législateur comme Solon.
Pour finir est décrite sa tombe. Un récit décrit également la mort de Gilgamesh.
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